Mon père est mort ...
Par Olivier le jeudi 2 décembre 2004, 18:17 - Perso - Lien permanent
Il est décédé à Abidjan, d'un arrêt cardiaque, le 15 novembre 2004. J'ai lu le texte ci-dessous lors de ses obsèques. C'est une adaptation de plusieurs vers de Victor Hugo. Les texte originaux sont disponibles ici: http://www.guerrier.org/wiki/Patrick:Textes
Son âme est ainsi faite que jamais une idée,
ni un homme, quels qu'ils soient, ne l'ont intimidée.
Il est sans épouvante étant sans convoitise.
La peur ne l'éteint pas et l'honneur seul l'attise.
Solitude! silence! le désert le tente.
Son âme s'apaise là, sévèrement contente.
Là d'on ne sait quelle ombre il se sent l'éclaireur,
il va dans les forêts chercher la vague horreur.
La sauvage épaisseur des branches lui procure
une sorte de joie et d'épouvante obscure.
Il y trouve un oubli presque égal au tombeau.
Mais il ne s'éteint pas; on peut rester flambeau
dans l'ombre, et, sous le ciel, sous la crypte sacrée,
seul, frissonner au vent profond de la voie lactée.
Rien n'est diminué dans l'homme pour avoir
jeté la sonde au fond ténébreux du devoir.
Qui voit de haut, voit bien; qui voit de loin, voit juste.
La conscience sait qu'une croissance auguste
est possible pour elle, et va sur les hauts lieux
rayonner et grandir, loin du monde oublieux.
Donc il va au désert, mais sans quitter le monde.
Parce qu'un songeur vient, dans la forêt profonde
ou sur l'escarpement des falaises, s'asseoir
tranquille et méditant l'immensité du soir,
il ne s'isole point de la terre où nous sommes.
Ne sentez-vous pas qu'ayant vu beaucoup d'hommes
on a besoin de fuir sous les arbres épais,
et que toutes les soifs de vérité, de paix,
d'équité, de raison et de lumière, augmentent
au fond d'une âme, après tant de choses qui mentent ?
Sa femme, sa famille, ses amis, ont toujours tout son cœur.
Lointain mais présent, il regarde et juge le destin.
Il a vu de si près les foules misérables,
les cris, les chocs, l'affront aux têtes vénérables.
Il a tant vu ce qui mord, ce qui fuit, ce qui ploie
que, fatigué et vaincu, il a désormais pour joie
de rêver immobile en quelque sombre lieu.
Lui que ses petit enfant rendait parfois stupide
en a cinq. Et il les prenait tous pour guide.
Leurs dialogues obscurs lui ouvrait des horizons.
Ils s'entendent entr'eux, se donnent leurs raisons.
Jugez comme cela disperse nos pensées.
En nous, désirs, projets, les choses insensées,
les choses sages, tout, à leur tendre lueur,
tombe, et lui n’est plus qu'un bonhomme rêveur.
Les enfants chancelants sont nos meilleurs appuis.
Et les petits enfants sont là. Le noir ciel orageux
devient rose, et répand l'aurore sur leurs jeux.
Ô beaux jours ! Le printemps auprès de moi s'empresse.
Tout verdit ; la forêt est une enchanteresse.